Prendre soin de ceux qui prennent soin : deux nouvelles publications du Lab’ESCOSA dans les Cahiers de l’Actif

Le Lab’ESCOSA a le plaisir de valoriser deux articles parus dans le double numéro 598-599 des Cahiers de l’Actif (2026), consacré à la santé mentale des professionnels et à la gestion des émotions dans les métiers du soin et de l’accompagnement.
Ces contributions, signées par Gilles Brandibas d’une part, et par Gabriel Maffre et Marie Cassagnes-Breidenbach d’autre part, prolongent et nourrissent les travaux de recherche et de formation portés par l’écosystème du Lab’ESCOSA.

Quand les schémas se réveillent – l’apport de Gilles Brandibas

Dans « Quand les schémas se réveillent. De la vulnérabilité singulière à la fonction contenante de l’institution », Gilles Brandibas propose une lecture clinique de la souffrance des professionnels du secteur social et médico-social.
En articulant les schémas précoces inadaptés (Young), l’enveloppe psychique groupale (Anzieu, Kas) et les fonctions phorique, métaphorique et sémaphorique de l’institution, il montre que l’épuisement ne peut être compris ni comme un défaut individuel, ni comme une simple production organisationnelle, mais comme le produit d’une rencontre entre vulnérabilités singulières et défaillance de la contenance groupale et institutionnelle.

L’article insiste sur la manière dont certains schémas – abnégation, exigences élevées, recherche d’approbation – constituent à la fois des ressources précieuses pour la relation d’aide et des vulnérabilités majeures lorsque le cadre ne permet plus de les contenir.

Il souligne l’importance de dispositifs cliniques protégés (supervision, groupes d’analyse des pratiques, régulation institutionnelle) pour restaurer les conditions de la pensée, reconfigurer les enveloppes psychiques d’équipe et redonner aux schémas leur fonction de support plutôt que de piège, en lien avec les besoins d’autonomie, de compétence et d’appartenance mis en évidence par la théorie de l’autodétermination.

Quand le travail empêché épuise – la contribution de Maffre et Cassagnes Breidenbach

« Quand le travail empêché épuise. Dépasser la crise des individus », co-écrit par Gabriel Maffre et Marie Cassagnes Breidenbach, prend quant à lui appui sur la psychodynamique du travail, la clinique de l’activité, les travaux sur les risques psychosociaux et les compétences psychosociales, ainsi que sur l’éthique du care.
Les auteurs défendent l’idée que la dégradation de la santé mentale des travailleurs sociaux relève d’abord d’une crise du travail lui-même – marqué par les logiques néolibérales d’activation, de performance et de contractualisation – plutôt que d’une fragilité individuelle, et plaident pour une culture systémique de prévention.

L’article rappelle l’importance de distinguer travail prescrit, travail réel et travail vécu, et montre combien l’invisibilisation systématique du travail réel – ajustements, dilemmes éthiques, charges émotionnelles – constitue un facteur central de l’épuisement professionnel.

Pour y faire face, les auteurs proposent d’articuler transformation des organisations de travail, développement d’espaces de discussion sur le travail (EDD), groupes d’analyse des pratiques (GAPP) et soutien des compétences psychosociales, tout en mettant en garde contre une dérive individualisante qui ferait de ces compétences un substitut à la prévention primaire.

Enfin, Gabriel Maffre et Marie Cassagnes-Breidenbach introduisent la notion de care management, fondée sur l’écoute active du travail réel, l’authenticité et la réciprocité, comme condition d’un management capable de soutenir la santé mentale et l’engagement des équipes.

Ils défendent une approche intégrée de la prévention qui suppose de rendre visible et légitime le travail réel, de soutenir les ressources individuelles et collectives sans en faire des palliatifs aux défaillances organisationnelles, et de promouvoir un management ancré dans l’éthique du care, au service d’un « prendre soin » véritablement institutionnel.